Vous allez retrouver toutes les nouveautés de cette nouvelle rentrée littéraire d’hiver de janvier 2018!

Quoi de mieux pour apprendre le français avec la littérature contemporaine.

Le figurant

Didier Blonde, Ed. Gallimard, 160 p., 15 €.

Tout commence rue Caulaincourt, à Paris, en 1968. Didier Blonde, 19 ans, est soudain plaqué contre un mur. L’agresseur ? C’est François Truffaut, qui tourne Baisers volés et veut empêcher le marcheur distrait d’entrer dans le champ de la caméra. Victime consentante car le jeune Blonde, élève en classes préparatoires au lycée Jules-Ferry, projectionniste au ciné-club de l’établissement, se passionne pour le cinéma, séchant les cours au profit des salles obscures. Du coup, il devient à son tour figurant et on le voit de dos, costume de velours et cheveux longs, attablé dans le café Le Disque bleu de Baisers volés. Il sera bientôt surnommé « Orangina », comme d’autres sans autre nom que leur pseudonyme qui sont garçons de café, clochards, bedeaux ou, pour l’un des plus professionnels de l’intermittence, « le Mort », qui s’entraîne dans sa baignoire à retenir sa respiration lors des prises de vues. Quarante-cinq ans plus tard, le figurant Blonde revient sur les lieux du tour­nage, à la recherche de celle qui lui faisait face au café, Judith, figurante et étoile filante avec laquelle il connut les prémices d’un amour en fuite.

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Les Loyautés

Delphine de Vigan, Ed. JC Lattès, 206 p., 17 €.

La forme plurielle à laquelle, dans le titre de ce nouveau roman, Delphine de Vigan emploie le mot « loyauté », donne à ce terme une intensité, une profondeur, un élan mystérieux. Les loyautés, précise-t-elle dans un bref préambule, « ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres, […] des promesses que nous avons murmurées ou dont nous ignorons l’écho, des fidé­lités silencieuses. […] Ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves. » Quelle solidarité muette, quelle empathie permettent à Hélène, professeure de sciences naturelles dans un collège parisien, de reconnaître en Théo un enfant en difficulté, maltraité, bien que son corps ne porte aucun stigmate d’éventuels sévices ? « C’était quelque chose dans sa façon de se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. » Des coups, Hélène en a reçu lorsqu’elle était petite fille, mais elle n’a rien dit alors. Et c’est dans ce silence entêté de jadis que sa révolte d’aujourd’hui semble puiser ses forces, son obstination.

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Encore heureux

Yves Pagès, Ed. de l’Olivier, 320 p., 19 €.

 

Qui est le dénommé « Lescot Bruno », gamin turbulent à la maternelle, ado ­insolent, enfant de 68 avec une parentèle peu banale, étudiant fantomatique à Jussieu ou Vincennes, condamné à trois ans de prison le jour de sa majorité, en 1980 ? Il est à la fois un « diablotin à la gueule d’ange » pour le reporter de Paris Match et « une personnalité morcelée, dépourvue de repères chronologiques dans l’appréhension de son passé » pour le médecin de Fleury-Mérogis. Plus tard, il y aura de la récidive dans l’air, avec un vrai-faux braquage à Charenton (caché sous un masque de François Mitterrand), une cavale en Espa­gne s’achevant sur une condamnation par contumace à perpétuité. « Ce ­garçon-là se croit coupable de naissance », ­affirme son psychiatre, et c’est avec ce Bruno clandestin, mi-punk mi-anar, mais toujours ironique, qu’Yves Pagès nous propose de traverser les années 1970-80, en croisant notamment la gauche de Mitterrand, le gang des Postiches, Action directe, le rêve collectif et celui d’un « no future ».

Les spectateurs

Nathalie Azoulai, Ed. P.O.L, 306 p., 17,90 €.

Son père est furieux contre les saillies géopolitiques de De Gaulle, sa mère se prend pour une actrice… Un lumineux récit sur les rêves et l’exil.

« De quelle patrie sont-ils vraiment les patriotes ? » s’interroge le général de Gaulle dans les songes du jeune héros… Et la phrase ponctue le roman aux frontières indécises, aux temps enchevêtrés, aux évocations énigmatiques. Les Spectateurs articule pourtant à merveille, dans le flou des rêves et des fantasmes, des regrets et des frustrations, la petite comme la grande histoire, Hollywood comme le sort d’Israël, l’amitié comme la mort, l’exil comme la passion. L’autobiographie et l’art de la tragédie, de l’arrachement racinien sans doute aussi, comme dans Titus n’aimait pas Bérénice, précédent ouvrage de Nathalie Azoulai…

On ne saura jamais ni les noms des personnages clés ni d’où ils viennent. Juifs ? Ils ont été expulsés du Maghreb (ou d’Egypte ?) en 1954, sans espoir de retour. Quand commence Les Spectateurs, le 27 novembre 1967, la famille regarde justement à la télévision une conférence de presse du général de Gaulle, qui condamne l’occupation des territoires palestiniens par Israël, ce « peuple d’élite, sûr de lui-même et ­dominateur ». Fureur du père. Il entraîne le fils sur les Champs-Elysées à une manifestation de soutien à l’Etat juif. C’est tout… tout ce qu’on pourra comprendre de l’histoire familiale qui façonne le livre, et fait écho à celle de tous les réfugiés d’aujourd’hui.

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Chanson de la ville silencieuse

Olivier Adam, Ed. Flammarion, 222 p., 19 €.

A-t-il jamais existé, ce père qui ressemble à une légende et dont ne subsistent que des bribes en forme de clichés, star sulfureuse et sexy, concerts électriques, tournées enflammées, studios d’enregistrement à Londres et à New York, nuits d’alcool et de défonce ? Existe-t-il vraiment, cet homme vieilli qui lui ressemble comme une ombre, chanteur des rues perdu dans Lisbonne, silhouette floue brusquement apparue sur une photo, quinze ans après sa disparition volontaire ? Et qui est celle qui le poursuit dans le dédale des terrasses du Bairro Alto ou de l’Alfama ? Sa fille ? Mais si peu, si rarement. Enfant délaissée d’un père à éclipses et d’une mère vite partie à l’autre bout de la terre. Une fille comme une pâle copie, en retrait de sa vie, à la marge du monde, héritière d’un père fantôme « sans sépulture, sans cendres à disperser ».

Cette fille, Olivier Adam lui donne une voix d’abord ténue, discrète, centrée sur la mémoire de celui dont l’absence a empli sa vie jusqu’à l’exclure d’elle-même, une fille fragilisée par la désertion de ses parents comme tant de personnages qui peuplent ses ­romans. Cette voix peu à peu s’affirme, et du portrait du père surgit ­celui de la fille, capable bientôt de comprendre le retrait progressif de l’homme qui lui aura laissé en héritage la force de se dégager, et d’exister enfin. Eminemment romanesque, mélancolique et entêtant, le texte a une beauté hypnotique. Chaque chapitre est composé autour d’un thème, comme une longue phrase progressant par empilement d’images et de sensations à fleur de peau.

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Microfictions 2018

Régis Jauffret, Ed. Gallimard, 1 024 p., 25 €.

« Je est tout le monde et n’importe qui », proclamait, il y a onze ans, la quatriè­me de couverture laconique de Microfictions (prix France Culture-Télérama 2007). « Toutes les vies à la fois », annonce, moins loquace encore, celle de ce millésime 2018, prolongement direct et naturel du précédent opus. Si lapidaire soit-elle, la formule a le mérite de souligner le caractère global et romanesque de l’entreprise. Ceci n’est pas un recueil. Pas une simple collection d’histoires courtes — cinq cents très exactement, chacune longue d’une page et demie, selon un dispositif sériel fermement décidé et identique à celui du volume antérieur — soigneusement rangées les unes auprès des autres dans le strict respect de l’ordre alphabétique des titres. Non, ceci est bel et bien un roman dont l’ambition est de dire « toutes les vies à la fois », une totalité en ce sens que « chaque histoire prise individuellement n’est pas un cinq centième du livre, de même qu’une foule est plus que la totalité des individus qui la composent », ainsi qu’expliquait Régis Jauffret il y a onze ans.

Voici donc que, devant nos yeux, reprend la danse macabre qu’on croyait close, le défilé des narrateurs et narratrices — rares sont les microfictions à ne pas être écrites à la première personne — conviés successivement par Jauffret à s’avancer sur le devant de la scène comme pour faire leur déposition. Raconter en quelques phrases une vie (vies de couple, de famille, de bureau…) souvent tout ensemble banale et monstrueuse, et qui ne mérite au fond pas d’être développée davantage. Ajouter ainsi, avec chaque histoire, une touche supplémentaire à la fresque expressionniste et grimaçante, ironique et barbare, à mi-chemin entre réalisme et Grand-Guignol, sans cesse peaufinée et augmentée, d’une humanité contemporaine pathologique et pa­thétique, au bord du gouffre et même souvent déjà largement engagée dans la bouche grande ouverte d’un authentique enfer terrestre.

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Le traquet kurde

Jean Rolin, Ed. P.O.L, 176 pages, 15 €.

Oui, le traquet kurde (nom vulgaire de l’œnanthe xanthoprymna) qui donne son titre au livre de Jean Rolin est un délicat petit oiseau gris, blanc et noir, dont un spécimen fut observé et formellement identifié en mai 2015, au sommet du Puy-de-Dôme. Il n’avait strictement rien à faire là, lui qui hiverne du côté du Golfe persique et se reproduit « à partir du mois d’avril dans une zone montagneuse courant du sud-est de la Turquie à l’ouest de l’Iran, laquelle correspond assez exactement à la zone de peuplement kurde ». Prétendre que Rolin entreprend dès lors d’enquêter sur les causes de l’égarement du traquet solitaire serait exagéré.

Depuis toujours passionné par la gent aviaire, il en profite certes pour se glisser dans la tribu (manifestement plus nombreuse qu’on pouvait l’imaginer) des ornithologues professionnels et amateurs, en Angleterre ou sur l’île d’Ouessant. Mais c’est pour en extraire rapidement quelques truculents individus venus du passé, britanniques pour la plupart, et qui tous s’intéressèrent de près au fameux traquet (entendez par là qu’ils en trucidèrent chacun à la pelle pour étoffer leurs collections respectives) : St. John Bridger Philby, espion britannique passionné par la civilisation arabe et père du futur fameux agent double Kim Philby, qui donna son nom à une perdrix et le nom de son épouse Dora à une autre espèce ; l’écrivain T.S. Lawrence et l’aventurier Wilfred Thesiger qui fut son ami ; et surtout l’extravagant et diablement antipathique Richard Meinertzhagen, militaire et diplomate, menteur professionnel et pilleur d’oiseaux, qui légua à sa mort vingt mille dépouilles à plumes au British Museum.

Son enquête (appelons-la ainsi) progressant, c’est bientôt au Kurdistan irakien, à Bardarash, au monastère syriaque orthodoxe de Mar Matta, à deux pas de Mossoul alors encore sous domination de Daech, qu’on retrouvera Jean Rolin. Puis en Turquie, à la veille du coup d’Etat de l’été 2016, précisément sur la montagne du Nemrut Dag où le traquet kurde est, dit-on, parfaitement chez lui. L’écrivain venu là pour tenter d’observer le fameux oiseau de près, mais aussi prendre le pouls d’une zone harcelée par les menaces de conflits, de combats, de violence armée. « Apprenant que l’oiseau que je recherchais avait été observé l’an dernier au sommet d’un volcan d’Auvergne, Fakher [un interlocuteur kurde en Turquie, ndlr] fit une réflexion qui peut nous paraître banale, mais qui de sa part ne l’était pas, sur la communauté de destin liant le traquet kurde au peuple qui le voit se reproduire… », écrit Jean Rolin — c’est peut-être dans la réflexion de cet homme que se tient, si ce n’est le sujet du livre, du moins son intuition.

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Les guerres de mon père

Colombe Schneck, Ed. Stock, 342 p., 20,50 €

Les photos de famille dégagent toujours un mystère qui s’épaissit ou se dissipe avec le temps, selon l’intensité des regards qui les sondent. Celle que Colombe Schneck a sortie de ses archives personnelles, pour le bandeau de ce livre, n’en finit pas d’éblouir et d’intriguer. Angelot potelé en culotte de bain, âgée de 2 ans tout au plus, l’auteure y apparaît juchée sur les épaules athlétiques de son père, dans la légèreté balnéaire de vacances d’été. Les mains lâchées, comme une cavalière qui monte à cru et sans bride, la fillette rayonne de confiance, mais son regard vague trahit son intuition que le ciel sans nuage cache quelque chose. Quant au papa sherpa, il plisse les yeux et le nez, gêné par la lumière qu’il regarde en face, sans se dérober, ­debout coûte que coûte. En plein soleil, et pourtant tapi dans une ombre tout intérieure, le duo semble hésiter entre scintillement et vacillement.

En camping-car

Ivan Jablonka, Ed. du Seuil, coll. La Librairie du XXIe siècle, 192 p., 17 €

« Soyez heureux ! » rugit le père au volant du camping-car cet été 1986. Il lui est insupportable que ses fils n’admirent pas ce désert marocain, ne profitent pas de ces aventureuses vacances qu’il leur offre, avec leur mère. Eux n’ont pas eu leur chance. Lui, surtout, dont les parents ont été assassinés à Auschwitz, qui a grandi dans les institutions réservées aux orphelins de la Shoah, dirigées par la Commission centrale de l’enfance, une organisation juive communiste. Cette injonction au bonheur qu’il n’a pas connu, et qui devient ici acte de résistance, revanche face à la tragédie de ses aïeux, le père de l’historien Ivan Jablonka la concrétisera avec famille et amis chaque été de la décennie 1980. De Corse en Turquie, du Portugal en Italie, de la Grèce au Maroc ou en Sicile. Une manière joyeuse et toujours culturelle de combler les disparitions, les absences et silences sur lesquels ne cessera d’écrire pourtant — et superbement — le fils. A jamais « enfant-Shoah », comme dit de lui Ivan Jablonka, 44 ans.

Le camping-car Volkswagen de ses jeunes années est à la mode, sorti des usines allemandes qu’a ressuscitées le plan Marshall, en osmose avec le goût populaire tout neuf des vacances et du plein air ; et en écho à l’éternel exil, du cosmopolitisme forcé des ancêtres. Le camping-car comme métaphore d’une culture, d’un peuple. D’une exigence d’ouverture, de curiosité aussi, et d’une époque en mouvement. Jablonka érige sur le combi Volkswagen une vraie mythologie à la Roland Barthes.

Entre la mère prof de lettres, éprise d’antiquité gréco-latine, et le père scientifique, les fils explorent des territoires où ne s’aventurent guère les touristes. Et où leur parentèle intello libertaire, pédago bobo, compte fortifier leur esprit pour ces concours prochains qu’ils sont condamnés à réussir.

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Couleurs de l’incendie

Pierre Lemaitre, Ed. Albin Michel, 540 p., 22,90 €

 

Ambitieux, Pierre Lemaitre a entrepris de réécrire un siècle (1920-2020) comme une fresque balzacienne au long cours dans laquelle tout serait vrai sans être obligatoirement exact. Le premier tome, Au revoir là-haut (prix Goncourt 2013), scrutait un nouveau monde capitaliste à travers une arnaque aux monuments aux morts. Le deuxième, Couleurs de l’incendie, est une affaire de vengeance, celle d’une femme démunie, déclassée, mais obstinée jusqu’à la manipulation. La boucherie de la Grande Guerre cède la place à un cycle de trahisons orchestrées par les banquiers et les politiques. La crise de 1929 avance à grands pas, le nazisme commence à ronger l’Europe, mais au cœur du roman se tient Madeleine, une femme qui perd tout et remonte l’escalier marche après marche, tout en refermant un piège sur ses ennemis les plus cupides.

Couleurs de l’incendie s’ouvre sur les obsèques de Marcel Péricourt — le père d’Edouard Péricourt, la gueule cassée d’Au revoir là-haut —, dont l’empire financier revient logiquement à sa fille, Madeleine, et au jeune fils de cette dernière, Paul. Tout semble réglé et officiel mais, en quelques heures, Madeleine est ruinée, seule avec un enfant handicapé. Après une ouverture digne d’un grand scénographe, Pierre Lemaitre secoue son lecteur, l’apostrophant parfois pour mieux l’entraîner dans ce voyage au pays de la finance et du complot.

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Un arbre en mai

Jean-Christophe Bailly, éd. du Seuil, coll. Fiction & Cie, 80 p., 10 € 2T.

On lira fin janvier, aux éditions Stock, La Révolution adolescente, le passionnant et très personnel récit dans lequel le sociologue Jean-Pierre Le Goff regarde par-dessus son épaule pour observer, avec toutes les armes intellectuelles dont sa discipline universitaire l’a doté, l’enfant et l’adolescent qu’il fut et le biotope dans lequel il évoluait : la France des années 1950-1960, un monde parvenu à son terme et dont la « révolution adolescente » de Mai 68 est venue provoquer, ou entériner, la fin. Ce bel et convaincant exercice d’ego-histoire ouvrira le bal (éditorial) de la grande commémoration du printemps : les 50 ans de Mai 68. Exact contemporain de Jean-Pierre Le Goff – ils sont tous deux nés en 1949 –, l’écrivain Jean-Christophe Bailly apporte dès aujourd’hui sa pierre à l’édifice. Il le fait avec concision et une infinie délicatesse, livrant avec Un arbre en mai non pas un récit, plutôt un « je me souviens », une évocation méditative de l’adolescence et de ces fameux jours de mai. « Ce qui revient, c’est une masse, ce sont des images, des odeurs, c’est la matière d’un temps… » Ce qui revient, c’est la sensation d’une jeunesse heurtée par « les limites, le vêtement trop étroit que ce monde nous proposait ». Ce qui revient, c’est aussi, au cœur de l’action, la révélation de la vertu critique du poème, du silence, de la marge.

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Trouville Casino

Christine Montalbetti, Ed. P.O.L, 256 p., 17 €.

« Le plus souvent, ce sont les détails qui diffèrent, mais ils ont leur importance », écrit Christine Montalbetti à propos d’un fait divers de 2011. Un vol à main armée commis par un homme de 75 ans, au casino de Trouville. Pour restituer ces fameux détails qui passionnent la romancière, il convient d’avoir de la rigueur, de donner des heures et des dates, de suivre le « malfaiteur », comme disent les gendarmes, depuis sa maison de Gacé, dans le pays d’Auge, jusqu’au lieu du crime. La cartographie est au point, mais il faut un peu plus d’empathie : ce sera par le biais d’un tutoiement presque affectueux pour « notre homme », qui n’aura pas de nom, encore moins de visage. Ajoutons quelques « séquences imaginées », et le décor est planté.

Désormais, le voleur a un passé, une épouse, un chat sans doute, un jardinet bien sûr, des voisins et des zones d’ombre. Le lecteur a sa place, aux côtés de l’auteure qui l’apostrophe de temps à autre : « Je vous en supplie, n’écrivez pas sur vos blogs qu’il est dommage que je digresse. » La digression est le jeu favori de cette romancière qui signait, en 2016, La vie est faite de ces toutes petites choses. Elle musarde, revient en arrière pour écouter la pluie normande et l’ennui dominical. Empruntant des chemins de traverse, elle dresse le portrait d’un homme qu’on croyait sans aspérité, inconnu des services de police, et qui file sur les routes dans sa petite Seat en forçant les barrages policiers, pistolet à la main. La mélancolie nous gagne peu à peu dans ces merveilleuses échappées, quand le réel s’accélère ou s’égare dans la rêverie. Captivante, l’écriture reste toujours d’une étonnante fluidité, épousant la pensée vagabonde de la romancière et l’élan de son personnage qui n’en finit pas de rouler dans l’été finissant. Il faudra bien que l’histoire s’achève et il en restera quelques lignes dans le journal, mais surtout cette fiction qui offre une trace « indirecte, secrète » comme un témoignage immatériel, un paysage, une émotion flottante, une épitaphe.

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